Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 16. La demoiselle de Randenburg

La demoiselle de Randenburg

Dans le château de Randenbourg, à une certaine distance de la ville de Schaffhouse, demeurait une fois une noble demoiselle qui était très pieuse. Chaque matin avant la pointe du jour, elle se mettait en route pour assister aux matines dans l’église du couvent de Ste-Claire à Schaffhouse. Souvent un cerf apprivoisé était son seul compagnon et quand il faisait très sombre il portait une lanterne suspendue à ses cornes. Une fois elle fut attaquée par des brigands, et comme elle était déjà près de la ville elle courut de toutes ses forces pour y entrer afin d’échapper aux assaillants. `

Elle arrive devant la porte ; mais celle-ci est encore fermée et nulle trace du gardien ; dans sa détresse extrême elle adresse à Dieu une prière fervente ; alors soudain la porte s’ouvre, la jeune fille entre, et la porte se referme.

On dit que c’est un ange qui est venu au secours de la jeune fille poursuivie. Et aujourd’hui cette porte s’appelle la Porte de l’Ange.

Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 15. La destruction de Schillingsdorf

La destruction de Schillingsdorf

A l’endroit où se trouve actuellement Bürglauenen, pauvre hameau du canton de Berne, il y avait autrefois le grand et beau village de Schillingsdorf.  

Un soir, un terrible orage se déchaîna sur cette localité.  Les éclairs de succédaient sans interruption, et les hautes parois de rochers répétaient d’une manière effroyable le fracas du tonnerre ; il tombait une pluie violente, les dévaloirs se transformaient en torrents, entraînant de la terre, des pierres et même des troncs d’arbres. La Lutschine grossissait à vue d’œil, elle débordait, détruisant les routes et les ponts. Effrayés, les habitants se cachaient dans leurs demeures et le bétail, qui était au pâturage, cherchait en mugissant quelque abri. C’était un orage tel que personne n’en avait vu de pareil. 

Au plus fort de l’orage, un vieillard petit de taille, s’approcha du village. Il était mouillé jusqu’aux os et tremblait de froid. Arrivé près de la première maison, il se secoua pour faire tomber l’eau de son chapeau et de ses habits, et s’étant nettoyé les pieds, il frappa à la porte, avec son bâton. Une femme ayant entr’ouvert la porte il demanda d’un ton modeste qu’on voulût bien le laisser entrer et l’héberger pendant la nuit. D’une voix brusque, elle répondit que chez eux, il n’y avait pas de place pour un mendiant tel que lui, et lui ferma la porte au nez. Sans dire un mot le vieillard fit demi-tour et se dirigea vers la maison voisine, mais là, on ne lui fit pas meilleur accueil. Il en fut de même de toutes les maisons suivantes, et il avait frappé à la dernière sans avoir trouvé de logis. 

Au milieu du village, il y avait une misérable chaumière où il ne s’était pas encore adressé. Il retourna sur ses pas et frappa à la porte de cette | cabane : une vieille femme se montra et dès qu’elle aperçût le vieillard, elle l’invita à entrer. Il suffisait d’un coup d’œil pour voir que cette vieille femme et son mari infirme étaient dans une grande misère, mais on voyait sur leurs visages, que malgré cela, ils étaient contents de leur sort. La bonne femme apporta à l’homme pour se changer des vêtements de son mari, puis elle suspendit les habits mouillés devant le feu, pour les sêcher et enfin elle lui servit ce qu’elle avait : un peu de lait et un morceau de pain. Avant de s’étendre sur la couche qu’on lui avait préparée, le vieillard sortit de la chaumière et dit d’une voix chantonnante : « Les murailles du Château sont fendues, Schillingsdorf périra ! »  On appelait Château une énorme paroi de rochers qui surplombait le village.

Le lendemain, lorsque les vieux époux voulurent voir ce que devenait leur hôte, il avait disparu. La pluie avait continué toute la nuit, et lorsque les habitants du village ouvrirent leurs portes et leurs fenêtres, ils entendirent un bruit comme le fracas d’une grande avalanche : ils virent la paroi du Château chanceler et s’écrouler, et avec une vitesse croissante, les blocs de rocher se dirigèrent vers le village. Sur une pierre énorme qui précédait les autres, était perché un petit vieillard, un gnome, qui la dirigeait avec son bâton comme si c’eût été un gouvernail, ce bloc s’arrèta près de la maisonnette du milieu du village, formant un rempart pour celle-ci, car toute la masse des pierres qui suivait, se partagea et se répandit à gauche el à droite, écrasant les maisons et ensevelissant les habitants qui n’avaient pas eu le temps de fuir, tellement la catastrophe avait été subite. 

La bonne femme et son époux furent les seuls qui eurent la vie sauve. Ils vécurent encore quelques années, puis après leur mort, leur cabâne tomba en ruine, et pendant des siècles, la place occupée auparavant par le beau village de Schillingsdorf, ne fut plus qu’un désert.

Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 14. Le chevalier de Pierre

Le chevalier de Pierre

Au-dessus de la petite ville de Waldenbourg (Bâle-Campagne), on remarque encore les ruines d’un château fort. Là demeurait, dans le XIIIme siècle, le chevalier Jean de Waldenbourg qui, au lieu d’être le défenseur des faibles et le protecteur des malheureux, ne connaissait d’autre plaisir que de tourmenter tout le peuple d’alentour. Tandis qu’il faisait bonne chère dans son château, ses sujets n’avaient presque plus que des racines à manger. Tandis qu’il traversait les forèts et les campagnes, avec une bande de joyeux chasseurs, ses serfs gémissaient sous le fouet des maîtres de corvée. 

Un des serfs, qui avait une très nombreuse famille, demeurait dans une maisonnette, à l’extrémité de la ville. C’était au moment où il fallait labourer et semer. L’homme avait travaillé au château pendant plusieurs semaines et il espérait pouvoir cultiver enfin son petit morceau de terre afin de planter quelque chose pour la nourriture des siens : mais un messager parut pour le rappeler au château pour de nouvelles corvées. Alors, dans l’amertume de son cœur, le pauvre homme tendit au messager une écuelle vide en disant : 

— Va dire à ton maître que chaque jour il me fasse remplir cette écuelle dans la cuisine du château afin que les miens ne meurent pas de faim. Dans ce cas j’irai travailler, autrement non . 

Le messager partit, mais le chevalier, en entendant son récit, entra dans une violente colère, fit arrêter et jeter aux oubliettes le pauvre homme.

Des semaines, des mois se passèrent ; l’hiver vint. La femme et les enfants du malheureux prisonnier se trouvaient dans la plus profonde misère. Elle résolut d’aller, avec ses enfants, se jeter aux pieds du chevalier et de lui demander la liberté de son mari et quelques secours. 

Lorsque la petite bande s’approcha du château, une troupe de chasseurs sortait justement de la porte ; les cors de chasse résonnaient et une meute de chiens faisaient entendre de furieux aboiements. La pauvre femme, rassemblant tout son courage, se jeta à genoux devant le chevalier qui chevauchait à la tête du cortège. 

— Femme ! ne m’arrête pas ! cria-t-il. Si mon chemin est pavé d’hommes, qui m’empêchera d’y passer ! 

Elle continua ses supplications.

Seigneur, rendez-nous notre père ! Donnez nous un morceau de pain ! le pain que vos chiens dédaignent ! Pour l’amour de Dieu, pour l’amour de tous les saints, ayez pitié ! 

Un rire diabolique traversa le visage du chevalier ; il fit signe à un page et lui ordonna de ramasser un caillou au bord du chemin et de le donner à la pauvre femme. 

Voilà du pain ! effrontés mendiants ! Il est dur, il est vrai, mais il dure d’autant plus long temps. Dès que vous l’aurez fini, je rendrai la liberté au prisonnier.

Alors le rouge de la colère empourpra le visage pâle de la femme, elle se redressa et, saisissant par les brides le cheval du noble, elle s’écria : 

— Puisses-tu être changé toi-même en pierre, monstre ! 

A peine cette parole fut-elle prononcée que le chevalier blémit et s’enraidit. Son visage prit la couleur de la pierre que la femme tenait dans sa main. Encore un sourd râlement … et Jean de Waldenbourg est changé en pierre, une statue terrifiante à l’entrée de son propre château. 

La suite du chevalier se disperse en tous sens, chacun craignant le sort du maître. Le château est vide et ouvert. Les habitants de la ville y entrent, pillent tout et, après avoir délivré les prisonniers, y mettent le feu. 

La statue se voit encore aujourd’hui : seulement, par la suite des siècles, les intempéries de l’air en ont effacé les traits ou détruit les contours, de sorte qu’on peut à peine y reconnaître les formes d’un cheval et d’un cavalier.