Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 12. Origine de la fête de la jeunesse de Brugg

Origine de la fête de la jeunesse de Brugg

Un beau jour, les bourgeois de la ville décidèrent de planter de chênes une certaine étendue de leur terrain communal. Tout le monde reçut l’ordre de prendre part au travail. Munis de baguettes, les bourgeois se rendirent à l’ouvrage. Après avoir fait un trou profond dans la terre, chacun y dépose un gland et, du pied, referme le trou. Mais des mois se passent. Aucun gland ne lève. 

Pour faire un nouvel essai, on laboura le champ et l’on mit les glands dans les sillons. Quelques petits plants de chênes montrèrent leurs petites feuilles ; mais la mauvaise herbe poussant avec plus de vigueur, les jeunes arbres furent étouffés. 

Pour la troisième fois, les habitants de Brugg s’y prirent autrement. Le 20 octobre 1532, toute la commune, hommes, femmes et enfants, partirent pour la forêt voisine. Là, chacun déterra un terre aux racines : puis ils se rendirent à l’endroit qu’il s’agissait de boiser, et les jeunes arbres furent mis en terre. 

L’ouvrage fini, tous rentrèrent en ville. Les enfants reçurent chacun un weck, un petit pain blanc, tandis que les grandes personnes eurent un joyeux souper à l’hôtel de ville. 

Les jeunes arbres reprirent tous, ajoute la chronique, et, en souvenir de ce fait, toute la commune allait chaque année faire une promenade dans les bois de chênes, et comme signe que les arbres prospéraient, chaque enfant rapportait un rameau vert et recevait un weck. Cette fête des enfants se célèbre encore aujourd’hui et s’appelle le Rutenzug, le Cortège des verges ou des rameaux.

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Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 11. L’homme de neige

L’homme de neige

L’hiver était rigoureux : une neige profonde recouvrait toute la contrée. A un endroit où le vent avait formé une puissante gonfle, à quelques cents mètres de la maison, le petit Rodolphe avait fait un grand homme de neige. Il lui avait mis dans la main une longue perche, une berclure, et au bout, en guise de drapeau, il avait attaché son mouchoir rouge.  Mais, comme le vent recommençait à souffler plus fort, Rodolphe reprit le chemin de la maison. Aplatissant son nez contre les vitres, il regardait comme la neige tombait toujours plus épaisse et comme le vent se transformait en véritable tourbillon . 

Tout à coup il eut besoin de son mouchoir : il le chercha et se souvint enfin qu’il l’avait laissé flotter à la perche de son homme de neige.  Craignant d’être grondé, Rodolphe se glissa hors de la maison pour aller chercher son mouchoir. Le chemin est bien pénible, mais enfin le petit garçon atteint son homme de neige. Le chapeau qu’il lui avait mis avait été emporté au loin, mais le drapeau-mouchoir flottait encore au vent. 

Mais qu’est-ce qu’il y a derrière l’homme de neige?  

Un homme accroupi, endormi, presque couvert par la neige!

Rudolphe secoue l’étranger de toutes ses forces, et celui-ci s’éveille enfin.

— Ou suis-je? N’y a-t-il pas une maison dans le voisinage? … Je me suis égaré dans la tourmente, dit-il.

— Venez seulement, répondit Rudolphe.  Je vous conduirai chez nous.  Ce n’est pas bien loin.

Ayant le vent à dos, ils avancent assez vite, malgré la profondeur de la neige.  Arrivés à la maison, Rudolphe conduit l’etranger à la cuisine, recommande à la servante de lui donner une bonne tasse de café bien chaud et rentre dans la chambre où se trouve son père.

– D’où viens-tu par un temps pareil?

— J’ai été près de l’homme de neige pour chercher mon mouchoir qui est son drapeau, mais je l’ai oublié.

— Aller là-haut pour chercher un mouchoir et l’oublier… c’est un peu fort.

— C’est pourtant heureux que je sois allé, autrement l’homme serait mort de froid!

— Ton homme de neige serait mort ?

— Non, l’autre, celui qui s’était caché derrière.

Peu à peu le père comprit ce qui s’était passé.  Il se rendit à la cuisine pour voir lui-même que le pauvre étranger fût bien soigné.  C’était un colporteur qui, au milieu de la tourmente de neige, avait perdu son chemin.

Le lendemain, le père de Rudolphe conduisit le colporteur jusqu’au village voisin, et comme le traineau était assez grand, le petit Rudolphe fit la course avec eux.  Ah ! quel plaisir de glisser si rapidement sur la route blanche !

Quelques jours plus tard, le facteur apporta un paquet pour Rodolphe. Le colporteur, reconnaissant, envoyait toute une douzaine de beaux mouchoirs rouges, pour remplacer celui que le petit garçon avait laissé flotter à la perche, et que le vent, pendant la nuit, avait emporté.

Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 10. Le petit fromage

Le petit fromage

Sur les flancs du mont Pilate, Jacques, un pauvre garçon d’une douzaine d’années, gardait les chèvres d’un riche voisin. Il avait très bon appétit, comme les enſants en général, et son maître ne lui donnait qu’un morceau de pain pour toute la journée. Ordinairement, le pain était déjà mangé avant midi, et parfois Jacques, quand il ne trouvait pas quelques baies pour calmer les tiraillements de son estomac, pleurait de faim. 

Un jour, un gnome lui fit cadeau d’un petit fromage, mais il lui ordonna en même temps de ne jamais le manger entièrement. Quel bonheur ! Jacques ne fut plus tourmenté par la faim, car, chose merveilleuse, le petit morceau qui restait quand le garçon s’était rassasié, se mettait à grandir, à augmenter jusqu’au volume que le fromage avait eu d’abord. 

Or, une fois, le petit Jacques étant extraordinairement affamé, il oublia l’ordre du gnome et mangea tout jusqu’à la dernière miette. Alors, naturellement, le fromage ne put plus recroître et, dès ce jour, l’après-midi, le malheureux Jacques dut bien souvent encore souffrir de la faim.  On dit même que tous les petits garçons et toutes les petites filles qui gardent les troupeaux dans les champs, ont toujours beaucoup de plaisir à aller à la maraude, à dépouiller les arbres fruitiers de leurs voisins ou à faire rôtir des pommes de terre sous la cendre.