Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 18. La ville de Rheinfelden sauvée par un tailleur

La ville de Rheinfelden sauvée par un tailleur

Dans la guerre de trente ans, les Suédois assiégeaient la ville de Rheinfelden qui était alors très bien fortifiée. Elle était aussi suffisamment pourvue de matériel de guerre, de poudre et de boulets, et les bourgeois étaient bons tireurs. A chaque coup de canon des Suédois répondait un coup des assiégés, et ordinairement un coup bien pointé. Le siège avait déjà duré plusieurs semaines lorsque les vivres commencèrent à manquer dans la ville. Tous les animaux vivants avaient été tués ; on avait même mangé les chiens et les chats. Les magistrats délibéraient s’il fallait rendre la ville à merci, et la majorité inclinait visiblement vers cette résolution. Alors un tailleur qui demandait instamment à parler aux autorités, fut introduit dans la salle du conseil. 

— Messeigneurs, dit-il, je sais un moyen de sauver la ville. 

Et il exposa son plan. Dans le camp des Suédois, la disette était presque aussi grande que dans la ville assiégée, car pendant cette longue guerre, toute la contrée avait été pillée et dévastée à plusieurs reprises. 

Dans l’après-midi du jour où le tailleur avait paru devant le conseil de la ville, les sentinelles suédoises eurent tout à coup une surprise : un bouc bien gros et bien gras se montra sur le rempart de la ville, descendit le talus des fortifications jusque dans le fossé où il parut boire, puis il se mit à brouter tranquillement l’herbe du talus. Les sentinelles suédoises appelèrent leur colonel ; mais au moment gravit en gambadant le talus, fit entendre un joyeux chevrotement et disparut derrière la muraille. 

— Ah ! s’écria le colonel, les bourgeois de Rheinfelden ont encore des munitions, nous nous en apercevons chaque jour ; mais je croyais les prendre par la faim. S’ils n’ont pas encore tué ce bouc, combien de vaches doivent-ils avoir encore ! Levons le siège ! 

Ainsi fut fait et Rheinfelden ne tomba pas entre les mains des Suédois… grâce au brave tailleur qui — nos lecteurs s’en doutent déjà — s’était fait coudre dans la peau d’un bouc déjà tué depuis longtemps, et, dans ce costume, avait fait sa belle promenade sur les fortifications. 

En souvenir de ce fait, une rue de Rheinfelden s’appelle encore aujourd’hui la « rue de la Chèvre. » Je ne sais si c’est à cause de cette action héroïque que l’honorable corporation des tailleurs porte un bouc dans ses armoiries.

Watch the Glockenspiel in Rheinfelden, which commemorates this goat. If you ever go to Rheinfelden, you can enjoy a tour given by the Tailor in a Goat’s Costume and see the real goats of Rheinfelden.

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