Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 5. Les mineurs

Les mineurs

Une lieue au-dessus d’Amsteg, entre les petits villages d’Intschi et de Drachenthal, à l’endroit où la Reuss commence à couler dans une vallée large, on voit, des deux côtés, les flancs des montagnes couverts de décombres et de rochers ; çà et là seulement, un buisson ou un arbre isolé croît au milieu des pierres. Au siècle passé, il y avait là deux mines d’or. Quelques habitants de la contrée les avaient découvertes et les exploitaient avec grand succès. Mais la grande quantité d’or qu’ils en retiraient tourna à leur malheur. Ils commencèrent à mener une vie de désordre, et tout ce qu’ils avaient gagné pendant la semaine était dissipé le dimanche. 

Une fois, ils firent une trouvaille particulièrement riche. Alors ils se rendirent à l’auberge à Amsteg, au milieu de la semaine, et, quoiqu’il fît grand jour, ils fermèrent les volets et allumèrent des bougies. 

— Nous autres mineurs, disaient-ils, nous n’avons pas besoin que Dieu nous éclaire. 

Et ils se mirent à manger, à boire et à jouer. 

Quelques jours après, ils retournèrent à leur travail. Mais alors la montagne s’ébranla, les mines s’écroulèrent et les mineurs furent ensevelis sous les décombres. Ainsi, ils n’avaient plus besoin de la lumière du bon Dieu.  

Dès lors, les mines n’ont plus été exploitées ; les paysans craignent de chercher de l’or.

Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 4. La comtesse qui n’était contente de rien

La comtesse qui n’était contente de rien

A Falkenstein, un des plus magnifiques châteaux des Grisons, vivait une fois une jeune comtesse. Ses chambres étaient meublées avec le plus grand luxe et elle dormait dans un lit de soie. Le matin, en s’éveillant, elle n’avait qu’à faire tinter une sonnette d’argent, alors venait une femme de chambre qui lui mettait des souliers de soie blancs, une robe de soie bleue et un manteau de velours rouge. D’habitude, elle portait même une couronne d’or. 

Un matin qu’un valet apportait le chocolat de la petite comtesse, celle-ci dit : « Je ne veux pas de chocolat, je veux du café. »

Quelques instants après parut un nègre avec des pantalons bouffants et une magnifique ceinture. Il apportait le café. 

— Je ne veux pas de café ! s’écria la comtesse ; je veux du thé ! 

La porte s’ouvrit et un petit Chinois avec une longue tresse se montra apportant un superbe service à thé en fine porcelaine. Et la comtesse daigna prendre quelques gorgées du breuvage aromatique. 

Puis, elle manifesta son désir d’aller faire une promenade en voiture ; mais quand on vint dire que la voiture bleue avec six chevaux blancs était prête, elle s’écria d’une voix de mauvaise humeur : « Je ne veux ni la voiture bleue, ni les chevaux blancs. Je veux la voiture jaune et quatre chevaux noirs ! » 

Il était midi quand la comtesse revint de sa promenade. N’ayant pas beaucoup mangé à déjeûner, elle avait même un peu d’appétit. Mais dès qu’elle vit qu’on lui servait du bouillon, elle dit : « Non, je ne veux pas de bouillon, je veux une julienne ! » Un cuisinier, coiffé d’un bonnet blanc, apporta de la julienne, mais alors la comtesse cria : « Je ne veux pas de cette julienne : je veux de la soupe au lait ! » 

Elle mangea quelques cuillères de la soupe au lait ; mais quant à la viande , elle changea quatre fois d’opinion avant de manger trois ou quatre bouchées d’une petite et délicate truite qu’on trouve dans les ruisseaux des Alpes grisonnes. 

Toute l’après-midi et toute la soirée, des scènes semblables se répétèrent ; les nombreux domestiques qui se trouvaient au château ne suffisaient pas pour satisfaire les caprices de la petite comtesse. » 

Encore au moment de se coucher, elle fit une nouvelle scène ; elle voulait absolument garder sur la tête la couronne qu’elle avait portée pendant le jour.

Le lendemain matin, en s’éveillant, elle se trouva, couchée sur de la paille et recouverte d’une vieille couverture de laine, dans une misérable cabane, au bord d’un petit lac entouré de montagnes sauvages. Elle cria : « Je ne veux pas de paille, ni de couverture de laine ; je veux un lit de soie ! » 

Mais personne ne répondit à ses cris, et il n’y avait pas de sonnette d’argent pour appeler la femme de chambre. Pendant plus d’ une heure, elle continua à appeler, à crier, à pleurer. Enfin un vieux pêcheur parut. Elle lui répéta : « Je ne veux pas de paille ni de couverture de laine : je veux un lit de soie ! » 

Il lui répondit : « Tu pourras attendre longtemps ! » et il lui tendit une vieille robe en étoffe grossière. 

— Je ne veux pas cette vieille robe : je veux une couronne d’or, des souliers de soie blancs et une robe de soie bleue. » 

— Eh bien ! Tu pourras attendre longtemps ! répondit l’homme, et il lui dit qu’il lui apporterait · de la soupe au pain quand elle se serait habillée. 

— Je ne veux pas de soupe au pain ! cria-t elle : je veux du chocolat ! 

— Dans ce cas, tu pourras attendre bien, bien longtemps ! fut la réponse. 

Elle se décida à s’habiller et à manger un peu de soupe au pain. Puis le vieux pêcheur lui dit : « Maintenant il faut venir aux champs travailler ! » 

— Moi ! travailler ! cria-t-elle exaspérée. Je veux aller faire une promenade dans ma voiture bleue attelée de six chevaux blancs ! 

— Hélas ! tu pourras attendre bien longtemps, bien longtemps ! répondit le pêcheur tranquillement. Il fallait se soumettre. La pauvre petite comtesse dut arracher des mauvaises herbes jusqu’à midi. Elle revint à la cabane, harassée et affamée. Pour son dîner, on lui servit des pommes de terre, et rien autre. Il est vrai qu’elle dit : « Je ne veux pas de pommes de terre sans beurre ! » — mais elle dit ces mots d’une voix tellement basse que le vieux pêcheur ne les entendit pas, et, d’ailleurs, elle se mit à manger les pommes de terre sans beurre. 

L’après-midi il fallut de nouveau aller travailler aux champs, et pour le souper, on lui servit du poisson bouilli. Elle pensa : « Je ne veux pas du poisson bouilli, je veux du poisson frit ! » — mais elle ne dit rien et mangea tranquillement ce qu’on lui donna. 

Le lendemain et le surlendemain ressemblèrent à ce jour, ainsi que les autres jours de la semaine et les jours de quatre longues semaines. 

Ah ! si vous aviez vu comme la petite comtesse était devenue sage et obéissante !… 

Le dimanche matin, au bout des quatre semaines, elle se réveilla… dans son lit de soie ; elle sonna et la femme de chambre vint aussitôt et lui mit ses beaux souliers et sa belle robe. Et quand le valet de chambre apporta le chocolat, elle lui dit : « Merci ! » et elle s’en régala bien.

Dès lors, on ne l’a plus jamais entendu dire : « Je ne veux pas ceci : je veux ça ! »

Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 3. La beurrée de la veuve

La beurrée de la veuve

En aval de Sins, aux bords de la Reuss, s’élevait autrefois le château de Russegg dont il reste à peine quelques pans de murs.  En 1480, le châtelain se nommait Albin de Silinen ; c’était un seigneur vaillant et bon.

Beaucoup de fermiers des alentours étaient tributaires du château ; les uns devaient payer, chaque année, une certaine somme ; les autres, fournir certains produits de leurs champs ou de leur bétail. La ferme de Wiesthal était aussi dans ce cas. Il y demeurait alors une veuve avec sept enfants ! C’était une femme active et honnête. Mais une épouvantable grèle ayant détruit toutes les récoltes, la brave femme se vit dans l’impossibilité de s’acquitter de ce qu’elle devait. 

Accompagnée de deux de ses enfants, elle se rendit au château et demanda au seigneur de lui remettre, pour cette année, le paiement des droits, ou, du moins, de lui accorder un délai. Celui-ci la reçut avec bienveillance, la rassura et lui fit servir du lait et du pain. Puis, après être allé dans la chambre à côté, il revint et, posant une feuille de parchemin sur le pain de la veuve, il dit : 

— A de braves gens tels que vous, on donne un peu de beurre sur le pain ! Dans le parchemin, il était dit que la ferme de Wiesthal n’aurait plus de redevance à payer. Il n’est pas étonnant que le peuple n’ait pas oublié le nom du bon seigneur Albin de Silinen.

Learn more about the Reuss and Zwing Uri Castle (possibly the castle mentioned here).