Contes et légendes de la Suisse racontés aux enfants – 8. L’ondine

L’ondine

L’eau est, au fond, l’élément de la fertilité et aussi le symbole de la pureté. C’est pourquoi nos ancêtres ont peuplé les sources, les rivières, les lacs, d’êtres, en général, bienfaisants : d’ondines, de nixes. Mais comme l’eau devient parfois dangereuse pour les hommes, certaines ondines aimaient à attirer les hommes dans les profondeurs de leurs demeures. 

Une nixe qui habitait les grands marais entre les lacs de Morat et de Bienne, était surtout redoutée. Souvent, pour faire périr ses victimes, elle faisait paraître quelque belle fleur à portée de la main du voyageur, et quand celui-ci se baissait pour la cueillir, le sol cédait sous lui et il était entraîné dans la profondeur humide. 

Une fois, la nixe aperçut un jeune homme de Morat qui traversait le marais pour se rendre à Cerlier, et elle raconta à une de ses compagnes qu’elle voulait l’attirer sous les eaux quand il reviendrait. Mais cet entretien avait eu un témoin, une cigogne avait tout entendu. Or, cette cigogne connaissait le jeune homme. C’était lui qui avait sauvé le nid des cigognes, quand les couvreurs, occupés à réparer le vieux toit de sa grange, avaient voulu détruire l’habitation héréditaire de ces oiseaux. 

La cigogne retourna près de sa compagne et elles se demandèrent comment elles pourraient sauver leur jeune ami. Enfin, elles trouvèrent un moyen d’exécuter leur projet. 

Une des cigognes vola près de la nixe et lui dit : 

— J’ai entendu ce que tu veux faire ; eh bien, je t’aiderai. De temps en temps je m’élèverai dans les airs et quand je verrai le jeune homme s’approcher, je te le dirai. 

Le soir arriva. Tout l’ouest, du côté du Jura, était couvert d’une vive rougeur, mais dans la plaine, l’obscurité se répandait de plus en plus. De temps à autre, la cigogne venait dire à la nixe qu’elle n’apercevait encore rien. Pendant ce temps, l’autre cigogne s’était postée à l’entrée des marais, et quand le jeune homme vint, elle resta près de lui, faisant semblant de boiter et de ne pas pou voir voler. Le jeune homme s’approcha de l’oiseau, mais celui-ci s’éloigna un peu et le premier le suivit. Ainsi la cigogne conduisit le jeune homme par un chemin qui ne passait pas dans le voisinage de la nixe, et il arriva à la maison un peu tard, il est vrai, mais sain et sauf. Il vit alors que la cigogne qui l’avait conduit était une de celles qui logeaient sur le toit de sa grange, et quand l’autre cigogne arriva aussi et qu’il les entendit claqueter bien longtemps, comme si elles avaient bien des choses à se raconter, il pensa que ce n’était pas par hasard que la cigogne l’avait conduit à travers les marais et il se souvint de la méchante nixe dont il avait en tendu parler quelquefois.